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Journée internationale des femmes 2026 : Les femmes sont-elles pleinement incluses dans l’avenir financier numérique de l’Afrique ?
par Sabine F. Mensah, Directrice générale adjointe de la Fondation AfricaNenda - 6 mars 2026

Le paysage des paiements en Afrique connaît une transformation rapide. Les systèmes de paiement instantané (SPI) connectent désormais des millions d’utilisateurs dans les villes et les zones rurales, facilitant les transactions personnelles, commerciales, gouvernementales et transfrontalières en temps réel. Selon le rapport 2025 de la Fondation AfricaNenda sur l’état des systèmes de paiement instantané inclusifs (SIIPS), 36 SPI sont actuellement opérationnels dans 31 pays et ont traité environ 64 milliards de transactions, pour une valeur de près de 2 000 milliards de dollars américains en 2024.
L'infrastructure se développe rapidement.
Malgré l'expansion des systèmes de paiement instantané, les avantages restent inégalement répartis, notamment selon le genre. Les femmes africaines sont confrontées à des obstacles spécifiques et interdépendants, tels que la possession limitée de téléphones portables, un faible niveau de compétences numériques, une mobilité réduite et des normes socio-économiques restrictives. Ces difficultés peuvent les empêcher de participer pleinement aux écosystèmes de paiement numérique et d'en bénéficier, transformant ainsi une promesse de « paiement en temps réel » en une exclusion bien réelle.
L'étude SIIPS 2025 révèle d'importantes dynamiques liées au genre. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à déclarer avoir besoin d'aide pour s'inscrire aux services de paiement numérique. Elles sont moins susceptibles d'occuper des emplois formels et plus susceptibles d'avoir des revenus plus faibles, ce qui réduit à la fois leurs possibilités et la fréquence d'utilisation des transactions numériques.
La confiance joue également un rôle important. Les femmes ont tendance à se montrer moins confiantes dans l'utilisation des paiements numériques, souvent par crainte de fraudes, d'erreurs techniques et de difficultés à résoudre les litiges. Nombre d'entre elles se fient au bouche-à-oreille plutôt qu'aux canaux officiels des fournisseurs, ce qui les expose davantage à la désinformation. Certaines partagent leurs comptes avec leur conjoint ou d'autres membres de leur foyer au lieu d'en posséder un seul, ce qui limite leur vie privée et leur autonomie financière.
Pourtant, malgré ces obstacles, les femmes reconnaissent clairement la valeur des paiements numériques, notamment pour recevoir de l'argent et acheter des biens de consommation courante ou des fournitures professionnelles. La demande est bien présente. Le problème réside dans la conception, la confiance et l'ergonomie.
Quels obstacles systémiques continuent de limiter l'accès et l'utilisation significative de ces systèmes ?
L'accès en lui-même ne constitue pas un défi. Nombre de femmes possèdent des comptes transactionnels. Le problème réside dans la profondeur de leur engagement. Les disparités structurelles de revenus, les normes sociales, les mécanismes de recours limités, les frais de transaction élevés ou opaques et la faiblesse des cadres de protection des consommateurs nuisent tous à une utilisation durable. Chez AfricaNenda, nous avons constaté que l'accès seul ne suffit pas ; la véritable inclusion s'opère lorsque les femmes peuvent utiliser les systèmes de paiement de manière adaptée à leur réalité et à leur contexte quotidiens.
La fraude, ou même la simple perception d'un risque de fraude, peut considérablement freiner l'adoption. Lorsque les procédures de résolution des litiges sont floues ou inaccessibles, la confiance s'érode rapidement. Sans garanties spécifiques, les systèmes mêmes conçus pour élargir les opportunités peuvent, involontairement, renforcer les inégalités existantes.
Quelles actions concrètes sont nécessaires pour passer de l'engagement à un impact mesurable ?
Premièrement, les décideurs et les organismes de réglementation doivent intégrer la dimension de genre dans la gouvernance et les cadres réglementaires des services de paiement instantané. Des exigences proportionnelles en matière de connaissance du client, des structures de comptes à plusieurs niveaux, des prix abordables et des mécanismes robustes de protection des consommateurs et de résolution des litiges sont essentiels pour instaurer la confiance et lever les obstacles. Les stratégies nationales doivent inclure des objectifs de genre et une obligation de déclaration ventilée par sexe afin de responsabiliser les fournisseurs.
Deuxièmement, les opérateurs de systèmes de paiement, les institutions financières, les fintechs et les prestataires de services de paiement doivent concevoir leurs services en tenant compte des réalités vécues par les femmes. Une communication claire via des canaux de confiance, un soutien à l'alphabétisation numérique, des fonctionnalités renforçant la confidentialité, une tarification transparente et des interfaces utilisateur simplifiées peuvent considérablement améliorer la confiance et favoriser une utilisation durable.
Troisièmement, les données ventilées par sexe doivent orienter la prise de décision. Sans mesurer les différences en matière d'inscription, d'utilisation, de types de transactions et de points d'abandon, des inégalités importantes restent invisibles. Ce qui est mesuré est amélioré, et les données relatives au genre sont essentielles à une véritable inclusion financière.
Les systèmes de paiement instantané sont bien plus qu'une infrastructure technique ; ce sont des instruments de participation et d'autonomisation économiques. Conçues de manière inclusive, ces solutions permettent aux femmes d'effectuer des transactions en toute sécurité, de développer leurs entreprises, de percevoir directement leurs revenus et de renforcer leur indépendance financière. Lorsque des objectifs d'égalité des sexes sont inscrits dans les politiques et étayés par des données, l'inclusion cesse d'être une option et devient systémique.
En cette Journée internationale des femmes, le slogan « Droits. Justice. Action. » nous invite à dépasser la simple question de l'accès pour nous tourner vers l'autonomie et l'émancipation. L'infrastructure existe. L'opportunité est évidente. Le moment est venu de faire en sorte que la révolution des paiements numériques en Afrique apporte non seulement rapidité et envergure, mais aussi équité, confiance et un impact mesurable à toutes les femmes et les filles.
La Fondation AfricaNenda élabore un cadre SPII sensible au genre, qui définira les critères de neutralité en matière de développement des infrastructures et les actions collectives à entreprendre pour parvenir à des résultats transformateurs et inclusifs, afin de favoriser un accès et une utilisation massifs des SPII par les femmes partout en Afrique. Restez connectés !


